Le sgoumfi: bilan et perspectives.

Le mot "sgoumfi", je l'ai entendu pour la première fois dans la bouche cocasse et inventive de mon ami Hervé Guigou, qui deviendra par la suite le héros de la série des RMistes justiciers. Ce spleen marseillais, il ne l'a pas inventé. Ce mot, il le tenait de sa mère sicilienne, et de son oncle. Serge Scotto, l'inénarrable maître du chien Saucisse et auteur phare de l'Ecailler, a lui aussi entendu dans sa famille napolitaine des expressions utilisant la racine sgoumf, de l'italien "sgunfare", gonfler.

Ados, nous déclinions le sgoumfi sous toutes ses formes : sgoumfi vespéral pour ce blues étrange qui survient lorsque le soir tombe, sgoumfi post-nutritif lorsque le cerveau se ramollit alors que l'estomac durcit. Bien d'autres encore...

Je ne pensais pas, en utilisant ce mot courant dans mon vocabulaire, faire école, et surtout faire débat. Les spécialistes du parler marseillais se sont en effet beaucoup disputés sur l'origine et l'authenticité du mot. A force, je ne sais plus s'il existe ou pas. Ce blues particulier à Marseille, lorsque le mistral a balayé les rues et qu'il faut rentrer, il existe cependant. A coup sûr. Comment le qualifier? Roumagan? Trop fort. Non, le sgoumfi est une sensation unique... FT

Dans le dictionnaire du Marseillais de l'Académie de Marseille:

sgoumfi n.m.
Spleen, sorte d'angoisse ou d'inquiétude; avoir le "gonfle". Ex: Alors Schram se laissa aller au sgoumfi. Le sgoumfi laissait Schram sans voix, il figeait Marseille dans sa désolante éternité. c'était ce vague à l'âme qu'avaient dûr ressentir les Phocéens un soir d'automne, en se rendant compte qu'ils n'iraient pas plus loin. un désesport pudique et passager. (Thomazeau 1997)
Construit à partir de l'italien sgonfiare, dégonfler, sgonfio, dégonflé, au pluriel sgonfi, dégonflés. Mot extrêmement rare, d'apparition récente (1997 pour la première attestation écrite), que l'on trouve à l'écrit uniquement sous la plume du romancier F. Thomazeau, mais qui commence à être connu par certains Marseillais.

Dans Le Monde du samedi 6 decembre 1997.

Une page (de Qui a tué Monsieur Cul?) est consacrée aux différentes formes que prend le "sgoumfi" quand il vous envahit. Le sgoumfi se dit saudade à Lisbonne, spleen chez Baudelaire, blues ou cafard dans le reste du monde. Michel Samson.

Le sgoumfi de Karine Fournier : ou quand le blues de Marseille s'exporte au Canada

Un jour en visitant une expo à Montréal, une amie tomba sur une petite statuette, une sorte d'ours  sans yeux de papier mâché baptisé "sgoumfi".  La sculptrice, Karine Fournier, les vendait  avec une petite note explicative précisant ce qu'était le sgoumfi, et ma paternité supposée pour ce mot. En résidence à Marseille, Karine avait ressenti ce fameux spleen tellement massaliote et l'avait matérialisé  sous la forme de ces petites figurines. Le sgoumfi a ainsi pris corps et s'est exporté vers ces terres septentrionales dont la seule idée m'emplit d'un de ces sgoumfis !
Le site de Karine Fournier vous pourrez y acheter un sgoumfi pour 10 dollars !


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